Repenser la stabilité à la lumière du Coran

Le monde d’aujourd’hui traverse une période de recomposition silencieuse mais profonde.

Les certitudes d’hier se fissurent, les alliances se redessinent, et les puissances qui dominaient l’ordre mondial vacillent sous le poids de leurs propres contradictions.

Ce que l’on appelait « stabilité » n’était peut-être qu’une illusion de maîtrise — un équilibre bâti sur la domination, l’injustice ou l’exclusion de certains peuples.

Le Coran nous invite à regarder au-delà des apparences pour saisir les lois spirituelles qui gouvernent les sociétés humaines.

Allah dit :

« Telle est la loi d’Allah envers ceux qui ont vécu auparavant, et tu ne trouveras point de changement à la loi d’Allah. »

(Sourate Al-Ahzâb, 33:62)

Ainsi, lorsqu’une société oublie la justice, la solidarité et la vérité, elle s’expose inévitablement à l’instabilité.

L’histoire n’est pas un hasard : elle est le miroir moral des choix collectifs.

La fausse stabilité des puissances

Pendant des décennies, les nations ont cherché à garantir leur sécurité à travers la puissance économique ou militaire.

Elles ont confondu la stabilité avec la force.

Mais le Coran nous rappelle que la force n’est rien sans la justice :

« Allah ne modifie pas l’état d’un peuple tant qu’ils ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. »

(Sourate Ar-Ra‘d, 13:11)

Ce verset dévoile une vérité essentielle : le désordre du monde extérieur reflète le désordre intérieur des âmes et des sociétés.

Quand les cœurs se corrompent par l’avidité, la peur ou l’orgueil, les systèmes politiques s’effondrent, les alliances se brisent, et la confiance disparaît.

La véritable stabilité commence à l’intérieur de l’homme, pas dans les traités internationaux.

 L’interdépendance : bénédiction ou épreuve ?

L’époque moderne a tissé une toile d’interdépendance entre les peuples.

Cette proximité aurait pu nourrir la coopération et la fraternité universelle.

Mais, sans éthique, elle est devenue une source de dépendance, d’exploitation et de fragilité.

Les crises économiques, sanitaires ou climatiques ont montré que l’homme avait uni la planète sans unir les consciences.

Le Coran avertit contre cette illusion de progrès sans âme :

« La corruption est apparue sur la terre et dans la mer à cause de ce que les mains des hommes ont acquis, afin qu’Allah leur fasse goûter une partie de ce qu’ils ont œuvré, peut-être reviendront-ils. »

(Sourate Ar-Rûm, 30:41)

Le désordre mondial n’est donc pas seulement géopolitique : il est moral.

Il révèle la déconnexion entre la technologie et la sagesse, entre le pouvoir et la responsabilité.

Vers une stabilité multipolaire et éthique

La fin de l’uniformité mondiale n’est pas une tragédie, mais une occasion : celle de réapprendre la pluralité.

Le Coran ne prône pas un monde unique et uniforme, mais un monde de nations diverses appelées à se connaître et à coopérer :

« Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, afin que vous vous connaissiez. »

(Sourate Al-Hujurât, 49:13)

Cette diversité est une richesse si elle est guidée par la reconnaissance mutuelle et la justice.

Mais elle devient une menace lorsque chaque bloc se ferme sur lui-même et que la méfiance remplace le dialogue.

Le défi du XXIᵉ siècle n’est donc pas seulement politique : il est spirituel.

Comment rétablir la confiance entre des peuples blessés, des civilisations méfiantes et des économies interdépendantes ?

Une stabilité fondée sur la vérité

Dans un monde saturé de fausses informations et de manipulations, le Coran rappelle que la vérité est la première condition de la stabilité :

« Et ne mêlez pas le faux à la vérité, ne cachez pas la vérité alors que vous savez. »

(Sourate Al-Baqara, 2:42)

Les sociétés s’effondrent lorsque la vérité devient relative, lorsque le mensonge s’habille de vertu.

Sans vérité, il n’y a plus de confiance ; sans confiance, plus de communauté possible.

Ainsi, repenser la stabilité, c’est repenser le rapport du monde à la vérité — dans les médias, dans la politique, dans la spiritualité.

 Conclusion : 

le retour à l’équilibre divin

Le Coran enseigne que la création tout entière repose sur un équilibre juste — al-mîzân — que l’homme a la responsabilité de préserver :

« Et le ciel, Il l’a élevé bien haut, et Il a établi la balance, afin que vous ne transgressiez pas dans la pesée. »

(Sourate Ar-Rahmân, 55:7-8)

Repenser la stabilité mondiale revient donc à retrouver cette balance perdue :

l’équilibre entre puissance et morale, entre progrès et respect, entre diversité et fraternité.

La stabilité véritable n’est pas l’absence de conflit, mais la présence de justice.

Elle ne se construit pas contre les autres, mais avec les autres.

Et tant que l’humanité cherchera la paix sans la vérité, elle ne connaîtra que des trêves fragiles.


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