hijab et république

La république du rideau

La République du Rideau : masquer les crimes, traquer les foulards

Il faut désormais oser le dire sans trembler : la France officielle ne lutte plus contre les injustices, elle lutte contre les symboles. Face à la violence réelle, elle est immobile. Face à un foulard, elle se dresse comme une armée prête à bondir. Ce n’est plus de l’obsession. C’est une désertion morale, une abdication totale du sens et des priorités.

Un pays où l’on laisse mourir, mais où l’on surveille

On vit dans un pays où :

  • des enfants dorment dans des voitures,
  • des mères fuient des maris violents qui continueront à frapper,
  • des gamins brisés par des violences sexuelles attendent des années avant d’être entendus,
  • des écoles collapsent sous le manque de moyens,
  • la pauvreté se déploie comme un paysage normalisé.

Et dans ce même pays, dans ce même moment de catastrophe sociale, la grande urgence serait… une adolescente qui porte un voile. Un simple morceau de tissu transformé en menace nationale.

Il faut avoir perdu la boussole de la décence pour considérer cela comme un danger.

La farce de la “protection de l’enfance”

Quel culot. Quel renversement obscène.

On laisse des enfants sauter des repas parce que leurs familles n’ont plus les moyens, mais on veut interdire le jeûne du ramadan aux mineurs. On détourne les yeux des crimes familiaux, mais on fonce dès qu’une enfant musulmane noue un foulard. Ils appellent cela : protéger l’enfance.

Ce mot, ils l’ont vidé, retourné, instrumentalisé. Protéger l’enfance, ce serait affronter les monstres réels. Eux préfèrent affronter des fantômes.

La diversion comme arme politique

Ce pays ne manque pas de courage : il en déborde même. Mais seulement lorsqu’il s’agit de s’attaquer aux plus faciles, aux plus silencieux, aux plus vulnérables. Pour combattre la misère ? Silence. Pour combattre les violences sexuelles ? Silence. Pour sauver l’école ? Silence. Pour traquer un foulard ? Alerte générale. Cette inversion est un aveu. Une fuite. Une lâcheté maquillée en vertu républicaine.

Il est tellement plus pratique de transformer une adolescente en menace que de regarder les familles cassées, les corps meurtris, les vies broyées. Ce que personne ne dit : le conflit israélo-palestinien comme décor arrière Et il y a derrière ce cirque législatif une réalité que beaucoup perçoivent sans oser la formuler.

Le climat actuel n’est pas neutre, il est saturé par un autre conflit : celui de la Palestine.

Depuis que les rues de France se sont remplies de drapeaux palestiniens, depuis que des millions de citoyens – souvent issus de familles musulmanes – refusent de se taire devant l’injustice, une partie de la classe politique française s’est crispée.

Obsédée par le soutien inconditionnel à la ligne israélienne, elle voit dans chaque mobilisation pour la Palestine une contestation intérieure. Et dans cette logique tordue, cibler les pratiques musulmanes devient une manière détournée de faire payer à une communauté son refus du silence.

Alors on légifère contre le voile. On fantasme sur le ramadan. On multiplie les interdictions absurdes. Pas pour protéger les enfants. Mais pour ramener à l’ordre ceux dont la solidarité avec la Palestine dérange. C’est une punition symbolique.

Une manière de dire : “Votre compassion pour Gaza vous échappe ? Nous, on vous montrera qui décide.”

Cette mécanique est connue : quand un pouvoir fuit ses responsabilités internationales, il discipline sa minorité intérieure. Ce n’est pas seulement islamophobe. C’est une stratégie politique.

Une obsession devenue maladie d’État

Il faut le dire : une partie des élites françaises est devenue incapable d’imaginer un débat politique sans y glisser un morceau d’islam. Comme si le simple fait d’être musulman – surtout jeune, pauvre, ou femme – constituait une provocation. Dès qu’une crise surgit, dès que l’école tombe, dès qu’une réforme échoue, il faut trouver un foulard à montrer du doigt. Une adolescente à désigner. Un musulman à rappeler à l’ordre. Ce n’est plus un débat républicain. C’est une fixation maladive, un réflexe pavlovien d’un pouvoir à court d’idées. Le voile comme paravent : cacher le désastre derrière un tissu La France institutionnelle ne traque pas le voile par amour de l’égalité. Elle le traque pour ne pas voir la misère qu’elle produit. Chaque loi sur le voile sert de rideau. Chaque indignation sur le ramadan cache un drame social non traité. Chaque débat sur un tissu efface un enfant abandonné.

Le voile n’est pas un danger

Le voile est une excuse, un écran de fumée derrière lequel se cache une incapacité à affronter les vrais combats. Une République qui détourne la tête n’a plus de légitimité La grandeur d’un pays ne se mesure pas à la quantité de tissus qu’il surveille. Elle se mesure au courage qu’il met à réparer les injustices. Aujourd’hui, la France officielle détourne les yeux. Elle brandit la laïcité contre des adolescentes pour ne pas affronter la violence qui ronge ses foyers. Elle surveille des pratiques religieuses pour ne pas admettre son alignement aveugle sur la politique israélienne. Elle confond autorité et punition, République et intimidation.

Un État qui cache ses échecs derrière un foulard n’est pas un État fort. C’est un État à bout de souffle, qui n’a plus que la surveillance identitaire à offrir en guise de politique.


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