Islam et féminisme : une appropriation mutuelle
Amina Wadud [[Professeure en sciences islamiques (Islamic studies) à l’université du Commonwealth de l’État de Virginie et à Harvard dans le département de théologie.]], spécialiste de ces questions, apparaît comme une figure de proue du féminisme musulman à l’échelon international. Dans son interprétation du Coran 1, elle combine la méthodologie des sciences islamiques avec les nouveaux outils des sciences sociales, tout en ayant des assises fermes et centrales à l’intérieur de la pensée musulmane. Elle comprend que la modernité met à l’épreuve les identités de par les changements toujours plus rapides qu’elle engendre et le rapprochement des frontières qu’elle implique. Elle considère qu’on ne peut légiférer sur des questions de femme sans les femmes comme agents de leur propre définition et que cette réforme ne doit pas se réaliser anarchiquement mais bien prendre en compte les sources premières de l’Islam, la jurisprudence passée et le contexte.
Déjà, les femmes sont très activement engagées dans la modernité car celle-ci les a mises face à leurs responsabilités en tant qu’actrices de leur épanouissement personnel et de celui de l’humanité tout entière. Elles n’inscrivent pas leur lutte dans un combat contre l’Islam mais renforcent leurs positions à partir des sources scripturaires; elles y discutent les principes de la Charria et son élaboration avec précision, pour ne pas laisser le monopole aux lectures traditionalistes portant sur la question de la femme. Elles considèrent l’Islam comme la voie spécifique de leur libération et aspirent à une interprétation libérée de toute lecture « masculine ».Ces mouvements de femme s’inscrivent d’abord dans un cadre purement et simplement islamique : il s’agit d’un féminisme à l’intérieur du féminisme et qui part « d’une appartenance religieuse pour arriver à des principes universels » 2. Cette approche féminine et la mobilisation d’un double référents, l’un spécifique, à savoir la dimension religieuse qui amène à l’universel, doivent leur permettre d’inscrire leur lutte dans leur contexte, tout en étant le garant d’une dynamique harmonieuse entre des revendications pour une justice à l’endroit des femmes et une identité musulmane assumée.
En effet, nous assistons aujourd’hui en Occident à des mouvements de femmes issues d’horizons divers et qui malgré leurs divergences promeuvent une solidarité féministe. Elles développent une alliance étroite entre femmes face à des revendications analogues. C’est une solidarité de sexe qui se dessine entre elles, car l’objectif est bien de se réapproprier leurs droits, améliorer leur statut juridique et social, luttes communes à toutes les femmes. Il est dès lors inconcevable d’affirmer l’existence d’une barrière infranchissable entre le féminisme et l’Islam et de ne voir en ce dernier que le porte-parole des intérêts et des privilèges masculins. Ainsi, se libérer à partir d’un discours de l’intérieur de l’Islam, tel est le défi des féministes musulmanes occidentales : par le biais d’une participation active dans toutes les sphères de la société, ces femmes proposent un autre modèle de femme émancipée et libre.- Auteure de la première interprétation du Coran par une femme dans le Monde occidental « Le Coran et la femme : relire le Texte sacré dans une perspective féminine». ↩︎
- Tariq RAMADAN, « Musulmanes féministes, du paradoxe à la réalité », conférence tenue au Parlement européen le 5 mars 2004 à l’occasion de la Journée internationale de la femme et organisée par la dynamique inter-associative Présence Musulmane Bruxelles. ↩︎
